De plus amples explications quant à notre Appel
Il existe en France et dans la monde une manoeuvre à peine déguisée d'asservissement des peuples. Cette manoeuvre repose sur deux types de pouvoirs, que les anglophones appellent respectivement hardpower et softpower.
Le hardpower, littéralement « pouvoir dur » désigne l'action militaire et policière. Lorsque des voix s'élèvent contre le pouvoir établi, une répression est mise en place. Une guérilla en Amérique latine ? Des bérets verts américains sont envoyés, l'armée régulière est mise à contribution. Une manifestation anti-fasciste à Paris ? Les CRS chargent les militants et les aveugle de gaz lacrymogène. Un mouvement contre le G8 à Gènes ? Des carabiniers tirent sur la foule à balle réelle et brûlent des voitures.
Dans chacun des cas, l'action se veut à la fois répressive et éducative. La violence, volontaire (il n'y a jamais d'excuses de l'Etat, qui est toujours « dans son bon droit » en tuant des manifestants pacifiques) a un but démonstratif de la puissance de l'Etat. Elle donne aux gens les bornes à ne pas dépasser physiquement : il ne faut pas prendre les armes contre l'oppresseur. Les exemples sont multiples, depuis la main-mise des Etats-Unis sur l'Amerique latine, qui se « justifie » par une doctrine ─la doctrine Monroe─ vieille de plus d'un siècle et demi, jusqu'à l'arrestation abusive de jeunes de banlieue pour la raison qu'ils sont potentiellement des émeutiers. Mais celui de Gènes en 2001 est particulièrement significatif de la violence que peut déployer des Etats contre leur propre peuple (jusqu'à envoyer des policiers déguisés en émeutiers pour justifier l'intervention des carabiniers). Il ne s'agit pas d'un quelconque fascisme que l'on pourrait croire oublié depuis un demi-siècle, car à Seattle en 1999 s'est produit le même schéma, tout comme à Los Angeles en 1992.
En France, le fait que ce soit un corps de police, les CRS, qui intervienne est là encore significatif. Tout d'abord, le fondement de la police se retrouve dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, où elle est là pour garantir les droits de l'homme. C'est d'ailleurs l'une de ses missions confirmée dans l'article 1 du Code de Déontologie de la Police Nationale : « La police nationale concourt, sur l'ensemble du territoire, à la garantie des libertés et à la défense des institutions de la république, au maintien de la paix et de l'ordre public et à la protection des personnes et des biens. ». Si elle intervient lors de manifestations, c'est que lesdites manifestations vont à l'encontre des libertés, des institutions de la république, de la paix, de l'ordre public ou des personnes et des biens. Donc, en définitive, que les manifestants vont à l'encontre du peuple français. Du moins, c'est le message subtil qui transparaît, le français moyen faisant l'association mentale inconsciemment lorsqu'il voit les images à la télévision.
A côté de cela, nous classerons dans le hardpower la législation et le pouvoir administratif. Tous deux, par une loi bien placée, peuvent entraîner des mesures répressives à but démonstratif. Un exemple, devenu hélas si commun qu'il fait l'objet de films humoristiques, est celui de la mutation de poste. L'action, qu'elle soit syndicale, militante ou individuelle, contre le gouvernement, ou, en général, le système établi peut être l'origine d'une mutation vers un poste peu convoitable ou une réduction de salaire (voire, pour certains, une dégradation). Bien entendu, les parfaits moutons, ceux qui ne tentent rien physiquement ou verbalement, sont mis en avant comme modèle et obtiennent des primes.
C'est le principe du softpower (« pouvoir doux ») qui, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, entraîne sans doute plus de dégâts que le hardpower pour la liberté des peuples. Le hardpower est la partie emmergée du softpower. Le softpower est plus subtil et, bien qu'il puisse être appréhendé par n'importe qui, il passe le plus souvent inaperçu par faute de preuves quant à sa réelle existence. Certaines puissances ne s'en servent pas, car elles n'ont pas les moyens d'aller au delà de sa forme primaire, le hardpower. Le softpower, c'est la persuasion. Comme dans le hardpower qui réprimait avec une grande mobilisation de moyens militaires et policiers, le softpower établit un rapport de force faussé. Par un minutieux travail de propagande, de censure et de prétendue intellectualité, le softpower fait en sorte que le système établi soit inattaquable verbalement et, et c'est là le véritable et grand danger, dans la pensée.
Car le softpower agit avant tout dans les mentalités pour couper l'herbe sous le pied à un quelconque travail militant. Il met en place tout d'abord un vocabulaire vidé de sens ou à connotation. Le terme démocratie, que nous verrons plus en détail par la suite, a perdu aujourd'hui toute sa valeur au point que l'on n'ose s'attaquer à un Etat qui montre des caractéristiques considérées à tort comme démocratiques. Prenons un autre exemple, plus parlant encore, celui du mot « communisme ». Il possède, pour toutes les générations ayant connu la guerre froide, une forte connotation négative. Il désigne de nos jours une sorte de stalinisme mis en place en URSS. Ainsi, à l'image de Marx ou de Lénine se superpose celui de Staline, de Castro ou de Mao, ou bien encore des Khmers Rouges qui ont dévié la théorie communiste originelle pour en faire un instrument dictatorial. Tout le monde oublie que les communistes ne sont pas tous stalinistes, loin de là ! Beaucoup en sont de farouches attaquants et l'on oublie trop souvent que les communistes français ont participé à la résistance et au gouvernement provisoire de 1945 (l'on doit notamment la sécurité sociale à Ambroise Croizat, ministre communiste). D'ailleurs, c'est en associant communisme et stalinisme que les intellectuels libéraux ont pu conclure que le communisme était un échec sur la base de la chute du mur de Berlin. Mais les théories communistes sont des théories révolutionnaires. Le softpower s'occupe, à grand renfort de pseudo-intellectuels qu'il présente comme de véritables intellectuels, de faire dénigrer chez la population tout ce qui pourrait mettre en péril le système établi. Ainsi, tout ce qui est révolutionnaire est-il considéré comme péjoratif.
Cela désarme dans les mentalités. Le français moyen, à qui le softpower a inculqué la peur du communisme, ne tentera pas de suivre le mouvement communiste. Et, dès que quelqu'un se présente comme communiste (et révolutionnaire de surcroît) il a déjà, dans les pensées des gens, beaucoup moins d'impact, du fait de ce travail linguistique fait par le softpower. Mais le terme communisme n'est qu'un exemple, et il en a de nombreux autres que nous ne pouvons aborder.
Le second outil du softpower est la propagande. Celle-ci passe par la glorification du système établi, mais aussi par une codification des comportements, vestimentaires notamment. Par exemple, un commercial qui ne porte pas un costume avec une cravate sera vite repéré comme potentiellement militant. Cela désarme dans les mentalités, encore une fois. Allez-vous faire confiance à un inconnu avec une coupe iroquoise et le suivre à une manifestation ? Il y a peu de chances.
Le dernier outil du softpower est la censure. Si personne ne sait qu'il vient de se passer un événement, alors il ne s'est jamais déroulé. C'est en tout cas le principe. Est censuré tout ce qui pourrait gêner l'Etat et qui est censurable. Ce que les intellectuels au service du softpower clament, c'est qu'il n'y a pas de censure dans une démocratie : la preuve, telle affaire concernant tel ministre ou tel chef d'entreprise est divulgué comme scandale dans les médias d'opposition. Mais c'est tout simplement parce que cette affaire n'était que difficilement censurable sans montrer la censure. D'ailleurs, ladite affaire était cachée avant d'être dévoilée, c'est donc qu'elle était dans un premier temps censurée puis déclassifiée. La CIA n'a-t-elle pas faire des opérations tenues secrètes et qui le sont encore parfois quelques quarante ans après ?
Le cas de la démocratie est l'exemple parfait de l'utilisation du softpower. Nous pouvons y voir tous les outils mis en oeuvre pour que le système établi ne soit pas renversé. Première étape : après la Révolution, l'Assemblée Constituante, poussée par l'abbé Sieyes, décide d'adopter le régime représentatif comme mode de gouvernement, la démocratie étant, selon elle, mauvaise car le peuple n'est pas assez éduqué. Elle décide tout de même de donner pour nom à ce régime celui de démocratie, en en donnant une définition simple, puisée dans la Constitution des Etats-Unis : un gouvernement pour le peuple et par le peuple. Par un jeu de vocabulaire, un gouvernant est considéré comme représentant du peuple, ce qui légitimise sa position. Puis, par la propagande, la démocratie comme régime représentatif est glorifié et la véritable démocratie, celle utilisée à Athènes, est destituée. Toute autre forme de gouvernement que le régime représentatif est dénigré et censuré. Enfin, dernier temps, une fois le régime bien en place, les intellectuels le définissent de manière à exclure toute pensée contraire. Par exemple, la liberté d'expression est censée être respectée dans la démocratie. Or, tenir des propos homophobes, bien qu'étant une forme d'expression, est condamné par la loi. Loin de nous l'idée d'approuver de tels propos, mais nous accusons ici le non-respect d'une liberté fondamentale. Noam Chomsky a dit que « si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout ».
Ainsi, toute personne s'attaquant ouvertement au régime en place est aussitôt considéré comme liberticide par un peuple habitué à la démocratie telle que présentée ici. Il est, avant même d'exposer des arguments, considéré de manière péjorative. Ce n'est pas pour rien que Brecht a écrit que « certains pays sont encore à même de maintenir leurs rapports de propriété par des moyens moins violents. La démocratie leur rend encore les services pour lesquels d'autres doivent faire appel à la violence, à savoir: garantir la propriété privée des moyens de production. »
Quels sont les acteurs du softpower ? Nous l'avons vu, il y a premièrement ceux qui sont considérés comme des intellectuels. Le philosophe Finkielkraut, ou bien Bernard-Henri Lévy en sont de bons exemples. La parole de ces personnages est mise sur un piedestal et est crue comme parole d'évangile, ce qui légitimise leur prise de parole régulier dans les médias et les gros tirages de leurs oeuvres. Viennent ensuite, complices, les médias, qu'ils soient d'opposition ou non. Les deux sont manipulés par l'Etat pour faire passer sa propagande. Citons Voltaire : « C’est le propre des censures violentes d’accréditer les opinions qu’elles attaquent. » Il y a aussi l'Etat bien sûr, et surtout sa branche la plus perfide, l'Education. Cette Education donnée au peuple, bien essentielle, est édulcorée de toute conscience politique. Il est interdit aux professeurs de parler de politique, il est donc difficile d'éveiller une conscience politique dans l'Education. De plus, le softpower y joue tout son rôle. L'on apprend aux enfants ce qu'est la démocratie, on la glorifie et on cache les méfaits capitalistes qui sont commis en son sein. Enfin, les derniers acteurs du softpower sont les propriétaires des richesses qui entretiennent le système établi.
Que pouvons-nous faire face à cela ? Il reste heureusement des ripostes possibles à ces pouvoirs mis en place pour notre asservissement. Nous ne pouvons faire face à la sémantique faussée que par un rajustement des sens et des définitions. A la censure, nous pouvons répondre par la divulgation de la vérité, même si cela peut s'avérer difficile. A la propagande, nous répondrons par un retour de la vérité en utilisant les médias libres et internet. Nous avons devant nous un formidable instrument aux rouages bien huilés, mais il suffit d'un grain de sable bien placé pour forcer la machine a changer. Plaçons de nombreux grains de sable, et le peuple s'apercevra de la supercherie. Alors nous pourrons nous appuyer sur lui pour renverser le pouvoir établi et changer les choses.