Big Brother is watching you
Nous avons à Blois une vingtaine de caméras de vidéo-surveillance (14 depuis 2002, ajoutées au 6 présentes depuis 2008). Leurs missions principales, officiellement, sont de garantir la sécurité des citoyens et de prévenir la délinquance. Du moins, c'est comme ça que Nicolas Perruchot nous avait l'avait présenté.
En quoi ? Comment une caméra peut-elle empêcher un délinquant d'attaquer au couteau une personne âgée dans le but de lui soutirer les maigres économies qu'elle vient de retirer à la banque ? La caméra en est incapable, puisqu'elle n'est pas pourvu d'un système d'arme à feu, de flashball ou de tazer actionné par un policier dans la salle de commandement de la D.D.S.P. installée au dernier étage de l'Hôtel de Police. Elle ne peut remplir que deux missions : faciliter l'identification et la recherche dudit délinquant au couteau, ou bien dissuader, par leur présence, d'attaquer la grand-mère dans son aire de vision. Autrement dit, la caméra de vidéo-surveillance déplace la délinquance dans des zones non-surveillées, elle ne la combat pas (Il faudra, d'ailleurs, nous expliquer en quoi la place de la République est sujette à la haute délinquance : 3 caméras pour la prévenir ! Sans doute pour les jours de marchés...).
Mais, puisque les caméras sont placées pour dissuader, nous demandons à ce qu'elles soient clairement visibles par tous et non plus « discrètes » (comme précisé dans un article du Monde daté du 13 octobre 2007 signé par Xavier Ternisien), afin de bien dissuader les délinquants. Nous exigeons donc que les caméras de vidéo-surveillance blésoises soient repeintes en rose fluo avec de petits pois verts, avec, si possible, un petit drapeau jaune fluo. Ainsi, personne ne pourra manquer leur présence, ou bien les prendre pour des lampadaires (voir, à ce sujet, la caméra proche de la rue St Lubin surveillant deux bars, une pizzeria et un restaurant universitaire), et les délinquants n'attaqueront plus les grand-mère dans ces zones. Cela ne devrait pas représenter une grande dépense, comparée aux 225 000€ que représentaient la mise en place des 14 premières caméras.
Si la municipalité refuse cette exigence, elle admettra que les deux missions que nous venons d'évoquer ne sont pas celles pour lesquelles les caméras de surveillance ont été mises en place, et nous prouverons ainsi qu'elles sont inutiles dans ce cadre. La municipalité devra s'expliquer sur le fait que la majorité des caméras ont été placées sur le parcours traditionnel de toutes les manifestations syndicales, et, bien entendu, devra les retirer en cas d'explication non satisfaisante.
Nous avons suivi le débat populaire qui se déroule entre les partisans de la vidéo-surveillance et les combattants de celles-ci. Le principal argument avancé par les pro-caméras reste celui-ci : « Nous n'avons rien à nous reprocher, seul ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont contres la vidéo-surveillance ». C'est une défense immunitaire ! Avec de tels arguments, on pourrait tout accepter !
« Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont contre la peine de mort ». N'avez-vous pas entendu cet argument en 1981 ?
« Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont contre la torture sur les algériens », disait-on entre 1954 et 1962.
« Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont contre Pétain. » C'est la manière de penser du français moyen pendant la Seconde Guerre Mondiale, lorsque l'on emmenait devant lui des juifs et des résistants !
Le problème n'est pas de savoir si les opposants ont quelque chose à se reprocher, car c'est là déplacer le sujet du débat, mais de savoir s'il est moral ou non d'être surveillé pour une raison inavouée par nos politiques. Si les caméras de vidéo-surveillance entrent dans les mœurs, alors pourquoi s'empêchera-t-on de nous imposer des contrôles ADN, des fiches biométriques, des fichiers EDVIGE ? L'argument est le même : « Je n'ai rien à me reprocher, seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont contre EDVIGE ! D'ailleurs, ça ne flique que les salops de syndicalistes et de délinquants ! » Et ensuite, puisque personne n'a jamais rien à se reprocher, pourquoi ne pas installer des caméras de vidéo-surveillance dans les appartements, pour empêcher la possession illégale de cannabis, de drogues diverses, d'armes ?
Dormez, dormez, braves citoyens, on vous prépare la seringue de morphine.